En Russie, les partisans de Navalny bientôt interdits d’élections

En Russie, les partisans de Navalny bientôt interdits d’élections
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En première lecture, les députés russes ont adopté une proposition de loi interdisant aux personnes impliquées dans des groupes catalogués comme tels de se présenter aux élections législatives du 19 septembre.

Un procès pour faire reconnaitre comme «extrémistes» le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) et les bureaux régionaux d’Alexeï Navalny a commencé lundi à Moscou.

Depuis le début de l’année, les autorités russes multiplient les offensives contre les activités de M. Navalny à l’approche des législatives

Ce scrutin s’annonce délicat pour le parti au pouvoir, Russie Unie, impopulaire sur fond de lassitude des électeurs, de stagnation économique, de scandales de corruption, malgré la popularité toujours réelle du président Vladimir Poutine.

Alexeï Navalny, inéligible depuis 2017, purge une peine de deux ans et demi d’emprisonnement pour une affaire de fraude datant de 2014, largement considérée comme politique.

Son arrestation en Russie, en janvier, était intervenue quelques mois après un empoisonnement qui a failli le tuer et dont il accuse le Kremlin.

«Vacherie absolue»

Le texte voté mardi interdit aux personnes impliquées dans une organisation «extrémiste» d’être député.

Rétroactif, il vise tout individu ayant occupé un poste à responsabilité dans une telle organisation jusqu’à cinq ans avant sa qualification d’«extrémiste», une durée ramenée à trois ans pour les simples militants ou sympathisants.

Si 293 députés ont voté en faveur du texte, 45 se sont opposés et le vote a été marqué par les critiques de députés du Parti communiste et de Russie Juste, dont les positions sont généralement conformes aux volontés du Kremlin.

«Tant de dispositions constitutionnelles sont violées que je ne sais même pas comment on peut en discuter ou voter pour», a lancé Valéri Gartoung, de Russie Juste.

Un député du parti au pouvoir, Vassili Piskarev, a lui soutenu que le texte visait à contrer «des tentatives d’ingérence étrangère» qui «vont se multiplier avant les élections».

L’équipe d’Alexeï Navalny a, elle, dénoncé une «vacherie absolue».

«Des dizaines de milliers de personnes vont perdre d’un claquement de doigt leur droit d’éligibilité», a-t-elle affirmé sur Telegram, ajoutant n’avoir «aucun doute» sur le fait que cette interdiction s’étendra «prochainement» à des élections locales.

Pour entrer en vigueur, la loi doit être adoptée en deuxième et troisième lectures puis passer devant la chambre haute du Parlement, des étapes qui sont généralement une formalité dans des institutions contrôlées par le Kremlin. La deuxième lecture est prévue le 25 mai.

«Déstabilisation»

Ces dernières années, Russie Unie a connu plusieurs échecs lors de scrutins locaux et Alexeï Navalny comptait s’appuyer sur cette impopularité, en présentant ses candidats ou incitant à voter pour le candidat le mieux placé face à celui du Kremlin.

Mais le parquet a demandé mi-avril que plusieurs organisations liées à l’opposant soient déclarées «extrémistes», un qualificatif qui ferait encourir à ses collaborateurs de lourdes peines de prison.

Selon le bureau du procureur, ces organisations cherchent à «déstabiliser» la situation sociopolitique en Russie «sous couvert de slogans libéraux».

En Russie, les organisations reconnues «extrémistes» vont des Témoins de Jéhovah à des groupes néo-nazis ou jihadistes, comme l’Etat islamique (EI).

Les bureaux régionaux de l’opposant de 44 ans ont déjà annoncé leur auto-dissolution le mois dernier après avoir déjà été ajoutés à une liste d’organisations «extrémistes et terroristes» établie par le service russe des renseignements financiers.

Fondé en 2011, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe.

La plus retentissante, parue en janvier, accusait le président Vladimir Poutine de s’être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle a contraint M. Poutine à démentir personnellement, chose rare.

Les bureaux régionaux d’Alexeï Navalny diffusent leurs propres enquêtes mais organisent surtout les campagnes de «vote intelligent» consistant à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

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