En pleine polémique, Ihsane Haouach annonce sa démission

En pleine polémique, Ihsane Haouach annonce sa démission

« Depuis ma nomination, je fais l’objet de violentes attaques personnelles qui n’ont été qu’en s’amplifiant. Indépendamment de ma nomination, le débat sur la neutralité est légitime, mais il ne peut se faire dans une volonté de nuire », a-t-elle indiqué dans une lettre adressée à Mme Schlitz et rendue publique par le cabinet de la secrétaire d’État.

« Aucun débat constructif ne peut émerger de pareils actes. Ce contexte de défiance et de violence à mon égard rend impossible l’exercice de ma fonction de manière efficiente », a ajouté l’éphémère commissaire du gouvernement, qui porte le voile

Mme Haouach se dit « trop attachée au rôle essentiel de l’IEFH pour accepter que son action soit affaiblie par des mises en cause et des attaques personnelles incessantes ».

« Dès lors, j’ai décidé de présenter ma démission pour me préserver du cyberharcèlement que je subis, préserver mes proches ainsi que l’institution et le combat qu’elle porte », poursuit-elle.

« Cette démission ne signe pas la fin de mon engagement pour l’égalité et les droits fondamentaux que je continuerai à défendre sous d’autres formes. En attendant, je veux prendre le recul nécessaire », écrit-elle encore.

Elle conclut en remerciant toutes celles et ceux qui lui ont accordé leur soutien dans cette période difficile et pour la confiance témoignée.

Dans une déclaration, Mme Schlitz a indiqué vendredi soir regretter cette décision.

« J’ai pris acte de la décision de Madame Haouach que je regrette. Elle avait été désignée pour cette mission parce qu’elle dispose des qualités requises, notamment en matière de gestion », a-t-elle souligné.

« Je comprends qu’elle aspire à pouvoir continuer sereinement son parcours professionnel et à faire cesser l’acharnement qu’elle subit depuis de nombreuses semaines. Je respecte bien entendu son choix et je lui souhaite de s’épanouir dans la suite de son parcours », a conclu la secrétaire d’Etat.

Ihsane Haouach, diplômée de la Solvay Business School, a commencé sa carrière dans le secteur énergétique et est notamment administratrice du Brugel, l’autorité de régulation pour les marchés de l’électricité, du gaz et de l’eau à Bruxelles. Elle est également à l’origine de plusieurs initiatives en faveur des jeunes et des femmes.

Sa nomination par Mme Schlitz avait été rapidement contestée par le MR, dont le président, Georges-Louis Bouchez, avait déclaré que cette désignation découlait d’une « prérogative de la secrétaire d’État sans que nous ayons été consultés ».

« La désignation d’une femme portant un signe convictionnel comme commissaire du gouvernement de l’institut de l’égalité des femmes et des hommes est totalement contraire au principe de neutralité de l’Etat », avait-il ajouté sur Twitter.

Mais c’est une interview publiée samedi par le journal ’Le Soir’ qui a fait enfler la polémique. Mme Haouach y défendait sa conception de la neutralité en expliquant que le principe de la séparation de l’Église et de l’État pouvait se décliner en fonction du changement démographique.

Estimant qu’interdire le port de signes convictionnels, dans le débat sur la neutralité de la fonction publique, était « discriminatoire », Ihsane Haouach considérait que les principes fondateurs de l’État n’étaient pas mis en danger par l’apparence mais par la montée des réactions d’extrême droite. « La discussion n’est pas : est-ce qu’on remet en cause la séparation de l’Église et de l’État ?, c’est : comment la décline-t-on avec un changement démographique ? », avait-elle dit.

Jeudi, en séance plénière de la Chambre, le Premier ministre Alexander De Croo avait prévenu la commissaire du gouvernement qu’« il n’y a pas de marge pour de nouveaux incidents ».

EDITO > Neutralité: un carton jaune qui pourrait virer au rouge…

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En cette période de pandémie, d’incertitude sociale et de crise économique profonde, la Belgique ne peut se permettre des crises à répétition sur la désignation d’une commissaire au gouvernement. C’est pourtant dans cette situation surréaliste, voire carrément kafkaïenne, que se trouve le gouvernement fédéral depuis qu’Écolo a choisi Ishane Haouach, jeune femme portant le voile, pour le représenter à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Hier, en adressant un carton jaune à sa commissaire et en obligeant la secrétaire d’État Sarah Schlitz à un sévère rétropédalage, Alexander De Croo a voulu mettre un terme à la polémique.

C’est que depuis quelques jours, la Flandre a découvert avec stupéfaction les propos très ambigus d’Ishane Haouach sur la neutralité. Et pour les partis flamands de la majorité Vivaldi, il était impératif d’éteindre très vite cet incendie, qui pourrait offrir une voie royale à la N-VA et au Belang.

Cet avertissement sévère sera-t-il suffisant pour ramener de la sérénité dans la majorité ? Pas sûr. Car désormais, le doute s’est insinué et on voit mal comment Ishane Haouach pourra continuer son mandat après un recadrage aussi dur. Le mieux, pour la majorité, pour Écolo et surtout pour Ishane Haouach elle-même, serait de changer le casting.

Car il faut bien reconnaître que malgré le beau CV et l’intelligence de la commissaire, sa candidature a été mal préparée et mal gérée. Or, le combat pour l’égalité femmes-hommes est central dans notre société et mérite d’être porté par des personnes crédibles qui peuvent s’exprimer sans être sous tutelle et en sursis permanent.

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