Le système d’alerte européen aux inondations «pas calibré pour la Wallonie»

Le système d’alerte européen aux inondations «pas calibré pour la Wallonie»

Entre le 10 et le 14 juillet, EFAS a envoyé 25 avertissements à tous les pays concernés par les intempéries, dont la Belgique. Ces alertes n’ont toutefois pas permis aux autorités d’anticiper les conséquences des fortes précipitations annoncées. Pourquoi ? C’est principalement ce que voulaient comprendre l’ensemble des parlementaires régionaux ce vendredi après-midi.

« La Wallonie est inscrite sur EFAS depuis 2015. Six de nos stations (Chooz, Amay, Visé, Angleur, Salzinnes et Tournai) concernent des bassins versants suffisamment importants pour lui fournir des informations. Avant le 12 juillet, le modèle ne nous avait fourni aucune information utile et n’avait jamais transmis d’alerte inondations », a expliqué Philippe Dierickx.

« Nous utilisons plutôt EFAS de manière informative, contrairement à d’autres modèles qui sont validés et qui ont été éprouvés pour la Région », a-t-il poursuivi en évoquant néanmoins un « outil prometteur » qui s’apprête à intégrer des bassins versants plus modestes, « correspondant mieux à la situation wallonne ».

« Les avertissements EFAS sont également difficiles à interpréter car il s’agit essentiellement de probabilités. Ce n’est pas du tout simple à utiliser », a ajouté le responsable du SPW avant de se lancer dans une longue et minutieuse chronologie des événements.

Le premier avertissement tombe le 10 juillet. Il vient de l’IRM qui fait état de fortes pluies dans les jours suivants. Le lendemain, la situation reste stable. Le 12 juillet, à 11h28, l’EFAS émet un avertissement informel pour le jeudi 16 juillet à minuit sur l’Ourthe à Angleur, avec une probabilité de 55 % d’une crue dépassant celles des 5 dernières années et de 49 % à 20 ans. Une heure plus tard, l’IRM lance une alerte jaune et évoque des précipitations pouvant atteindre 150 mm très localement au sud du sillon Sambre et Meuse. Face à l’accumulation des signaux, le SPW émet, à 14h38, un avertissement pour l’ensemble de la région, faisant état d’un risque de « conséquences significatives sur de nombreux cours d’eau » et appelant à la vigilance en raison d’un risque de montée soudaine des eaux.

Le lendemain, à 7h49, l’EFAS lance un avertissement, formel cette fois-ci, sur l’Ourthe à Angleur. Il est suivi d’une alerte orange de l’IRM pour les provinces de Namur et du Luxembourg puis, à 11h26, d’un 3e avertissement de l’EFAS pour les provinces de Liège et du Luxembourg.

Le 14 juillet, enfin, la mobilisation maximale est décrétée au sein du SPW à 8h00 du matin, une heure avant que l’IRM ne lance son alerte rouge. Il pleut à verse et les stations de mesures restent muettes, probablement noyées. A 9h50, la station de niveau de la Vesdre ne répond plus. C’est ensuite le tour des stations de Theux, de Chaudfontaine puis, en fin de journée, de celles d’Eupen et de Pepinster. Entre-temps, l’EFAS lance un 4e avertissement concernant de possibles crues éclairs à Namur le jeudi à 6h00.

Durant toute cette période, « on a eu du mal à cibler les risques. Et l’absence de réponse des stations nous a rendu aveugles, faute de données », s’est encore défendu Philippe Dierickx. « Nous avons été confrontés à une pluviométrie exceptionnelle à laquelle se sont ajoutée de fortes incertitudes et une grande variabilité en raison de pluies homogènes et de pluies convectives, courtes et violentes », a-t-il ajouté. « Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir été en difficultés. L’ Allemagne et le Grand-Duché de Luxembourg ont vécu la même situation ».

Vendredi prochain, la commission d’enquête parlementaire poursuivra son travail en entendant Simon Riguelle, le directeur du centre de crise régional ; Bart Raeymaekers, son homologue au niveau national et Olivier Schmitz, le gouverneur de la province du Luxembourg et représentant du Collège des gouverneurs wallons.

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