Erika Vlieghe: «Je ne sais pas si nous rédigerons encore des avis»

Erika Vlieghe: «Je ne sais pas si nous rédigerons encore des avis»

Le Comité de concertation de vendredi dernier laisse des traces. La réunion, convoquée d’urgence après une sortie médiatique de Jan Jambon, a provoqué de nombreuses tensions politiques et sociétales. Les experts scientifiques ne sont pas non plus en reste puisque leur avis a, une nouvelle fois, été balayé d’un revers de la main.

Dans les colonnes de De Morgen, Erika Vlieghe ne mâche d’ailleurs pas ses mots. La présidente du Gems (Groupe d’Experts de stratégie de crise pour le Covid-19) n’a pas digéré l’attitude du dernier Codeco qui a tout simplement fait fi du rapport préliminaire qui avait été rendu au Premier ministre. « Je ne sais pas si nous rédigerons encore des avis », confesse Erika Vlieghe.

Pour rappel, le Gems avait rendu une note assez alarmante mercredi après-midi. À vrai dire, il s’agissait d’une simple actualisation de ses deux précédents rapports qui avaient déjà été rendus au monde politique. Fermeture de l’horeca à 20h, retour de la bulle de contacts, fermeture des écoles… les demandes étaient nombreuses mais n’ont pratiquement pas été entendues, si ce n’est pour les écoles.

« Comme nous l’avons écrit dans notre rapport, nous avons vu depuis des semaines que les soins de santé sont en train d’imploser. Nous parvenons à peine à fournir des soins de santé décents à tout le monde. Nous constatons également que d’autres branches de la société s’effondrent. De nombreux services ne peuvent plus être fournis en raison des réductions de personnel. Pensez aux crèches, à l’éducation et aux transports publics… », regrette la présidente du Gems.

« Il est plus facile de donner des conseils que de gouverner »

Erika Vlieghe ne veut cependant exagérer les choses. « Je ne dirai jamais que personne ne nous écoute, car ce n’est pas vrai. Les gens lisent nos rapports et essaient d’en faire quelque chose, mais transformer un avis scientifique en politique n’est probablement pas facile. Et bien sûr, il est plus facile de donner des conseils que de gouverner », confesse-t-elle. « Mais cela n’enlève rien à la déception de voir qu’il n’est apparemment pas possible d’avoir une gestion cohérente et efficace des épidémies dans notre pays. C’est frustrant ! »

C’est pourquoi elle regrette le manque de mesures plus fortes dans le secteur scolaire. « Selon notre analyse, il était essentiel, dans cette vague, de prendre des mesures beaucoup plus fortes et précoces dans l’enseignement primaire. En l’espace de quinze jours, nous avons plus de 2.000 incidences pour 100.000 habitants en Belgique (…) C’est vraiment extrême, nous devons vraiment en prendre conscience. Depuis des semaines, nous essayons de faire comprendre qu’il faut agir là-bas. Je comprends que ce n’est pas facile. Le point crucial est que ces enfants n’ont pas encore été vaccinés, mais il faut ensuite faire tout ce qui est possible pour maîtriser la situation, n’est-ce pas ? À chaque fois, nous avons l’impression que cela est banalisé. Ensuite, on obtient des mesures édulcorées qui ne sont pas assez efficaces. »

Si elle assure donc comprendre qu’il n’est pas facile de prendre la décision de fermer les écoles, elle regrette tout de même le manque de fermeté du monde politique. « La fermeture d’une école a de nombreuses conséquences sociales. Je le comprends parfaitement. Mais à un moment donné, il faut se demander : qu’est-ce qu’on fait ici ? Essayons-nous toujours de gérer une épidémie ou non ? Si vous fermez les écoles, vous devez les fermer maintenant. Je peux comprendre qu’il soit beaucoup plus pratique de le faire en quinze jours d’un point de vue social. Mais virologiquement, ça n’a vraiment aucun sens. »

Le masque, « un débat beaucoup trop axé sur l’émotionnel »

Concernant le masque pour les enfants à partir de 6 ans, Erika Vlieghe l’explique comme ceci. « Je comprends que les masques ne sont pas agréables pour les enfants, mais il ne faut peut-être pas non plus les dramatiser. Je choisis mes mots avec soin, car je ne veux pas être considéré comme un agresseur d’enfants. Mais dans de nombreux pays où la pandémie est bien mieux maîtrisée, les enfants portent des masques en classe. Ce n’est pas un problème ici. C’est le cas en Italie, en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis. Pourquoi c’est la fin du monde ici ? Le débat est beaucoup trop axé sur l’émotionnel. »

Elle conclut par une inquiétude. « Que pouvez-nous dire aujourd’hui ? Faire des promesses que tout ira bien ? Ça n’arrivera pas. Je pense qu’il est important de chercher un juste milieu qui nous permette de nous rassembler, d’une manière sûre. Tout le monde veut voir sa famille, surtout après le très mauvais Noël de l’année dernière, mais personne ne veut que cette fête soit un terrain propice à la propagation du virus. Je pense donc qu’il faut donner des conseils : n’invitez pas trop de monde, veillez à ce que la pièce soit bien ventilée, utilisez l’autodiagnostic au préalable. Nous devons aborder la nouvelle année avec prudence. Nous ne savons pas non plus encore ce que cet Omicron va apporter. Je ne vous cache pas que cela m’inquiète. Mais cela rend la chose encore plus importante. »

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