Avortement: les Etats-Unis en rupture avec les autres pays développés

Avortement: les Etats-Unis en rupture avec les autres pays développés
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La première puissance mondiale suscite depuis longtemps l’incompréhension de ses alliés dès lors que l’on parle de peine de mort et d’armes à feu – jeudi, la Cour suprême américaine a d’ailleurs confirmé le droit de tout Américain à sortir armé de chez lui.

Depuis vendredi, et une volte-face spectaculaire de la même haute cour, les Etats-Unis sont désormais aussi en rupture sur l’avortement. Le droit constitutionnel d’interrompre une grossesse, garanti sur tout le territoire depuis des décennies, n’existe plus.

« C’est un grand pas en arrière » : le commentaire est du Premier ministre britannique. Boris Johnson, malgré sa proximité passée avec Donald Trump, l’artisan de l’ancrage conservateur de la Cour suprême américaine, a condamné sans équivoque une décision qui « aura des répercussions massives dans le monde ».

Le président français Emmanuel Macron a lui tweeté, en français et en anglais, pour assurer les Américaines de sa « solidarité », tandis que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé une décision « horrible ».

La décision de la Cour suprême ne devrait trouver grâce qu’aux yeux de dirigeants tels que le président brésilien d’extrême-droite Jair Bolsonaro, qui jeudi encore a dénoncé l’interruption volontaire de grossesse d’une enfant de 11 ans, enceinte suite à un viol.

– Une « exception » -

En conclusion vendredi d’une allocution brève et sombre à la Maison Blanche, Joe Biden a déploré que les Etats-Unis deviennent une « exception » parmi les pays développés.

Le démocrate de 79 ans, qui proclame régulièrement que l’Amérique, « la plus grande nation du monde », doit montrer la voie à toutes les démocraties, se rend samedi en Allemagne, à la rencontre de ses homologues du G7.

Comme fait exprès, il arrivera dans un pays qui vient tout juste d’abolir une législation datant de l’époque nazie sur l’avortement. Le texte restreignait l’information autour des IVG et avait mené à des condamnations de gynécologues.

Les Pays-Bas ont eux supprimés mardi dernier le délai de réflexion de cinq jours à respecter avant la réalisation d’une IVG.

La France avait en début d’année rallongé à quatorze semaines contre douze auparavant le délai légal pour avorter.

Ailleurs en Europe, la très catholique Irlande a consacré le droit à l’avortement par un référendum en 2018.

Mais un pays comme la Pologne, par exemple, a lui restreint progressivement ce droit, jusqu’à ne plus autoriser l’avortement qu’en cas de viol et d’inceste, ou si la vie ou la santé de la mère sont en danger.

Jeudi encore, les députés polonais ont rejeté une proposition d’initiative citoyenne de libéraliser ce régime.

L’Amérique du sud a elle, au contraire, rejoint le mouvement mondial de libéralisation.

Le Mexique, la Colombie, le Chili ont pris des décisions pour protéger le droit des femmes à interrompre des grossesses.

En 2020, l’Argentine avait légalisé l’avortement après une immense mobilisation des femmes.

Vendredi, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a assuré que Washington resterait « totalement déterminé » à « favoriser les droits de la santé reproductive à travers le monde ».

Après la décision de la Cour suprême, les Etats-Unis rompent avec un arrêt qui en avait fait l’un des premiers pays à légaliser l’IVG – en 1973, deux ans avant la France.

C’était aussi le pays occidental où ce droit était sans doute le plus étendu, existant tant que le foetus n’est pas viable, vers 22 semaines de grossesse, selon une jurisprudence de 1992.

Ailleurs dans le monde, la limite est généralement fixée à la fin du premier trimestre de grossesse, autour de 12 semaines.

Dans les faits toutefois, l’accès concret à l’IVG était déjà très contrasté aux Etats-Unis, relativement aisé dans les Etats progressistes comme la Californie, mais très compliqué dans le Sud conservateur.

La Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a rappelé vendredi dans un communiqué que plus de 50 pays qui étaient dotés de lois restrictives ont assoupli leur législation sur l’avortement ces 25 dernières années.

« La décision d’aujourd’hui éloigne les Etats-Unis de cette tendance progressiste », a-t-elle regretté, et porte « un coup terrible (…) aux droits humains des femmes et à l’égalité des genres. »

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